Art se livre
 

En collaboration avec les équipes de la Bibliothèque des sciences humaines Simone Veil et des Archives, Patrimoine et Réserve précieuse, Valentine Comte-Offenbach, étudiante en pratique de l'Histoire de l'art à l'ULB, a souhaité mettre en valeur la diversité et la richesse d’une fraction méconnue des collections des bibliothèques universitaires : les livres d’artistes.

Par cette approche, elle envisage de répondre aux enjeux de visibilité et de diffusion des collections de la BSH et des APRP dans le cadre de son mémoire en Histoire de l’art, qu’elle défendra à l’été 2026.

Cette exposition s'inscrit dans la continuité de son stage réalisé en bibliothèque en 2025, qui portait sur l'étude théorique et le traitement catalographique des livres d'artiste dans le catalogue en ligne CIBLE +.

De la tenue de l’exposition en BSH découlera la réalisation d’un catalogue, partie intégrante du mémoire de Valentine Comte-Offenbach.

Site de l’exposition :

Bibliothèque des sciences humaines Simone Veil (bâtiment NB)

Avenue Héger – 1050 Bruxelles

Introduction, présentée du 30 mars au 24 avril 2026


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Au commencement était le verbe…

  • Nous avons des ouvrages qui sont sans doute des livres d’artiste…
  • Ah oui, je peux les voir ?
  • Bien sûr.
  • C’est incroyable, et comment peuton les consulter ?
  • Ils ne sont pas encore traités…
  • Donc, s’ils ne sont pas traités, personne ne sait qu’ils existent…
  • Voilà. 

La sélection qui vous est présentée est le prolongement d’un constat et d’une étude réalisée en 2025 sur le traitement d’objets encore mal identifiés dans le catalogue des bibliothèques de l’ULB. Pièces ? œuvres ? livres ? artéfacts ? De quelle nature sont ces ressources dont la taxonomie fait débat, débat précieux servant à élargir davantage le périmètre dans lequel s’inscrivent ces objets ? Comment valoriser ces ressources conceptuelles et les mettre à disposition d’un public aussi large qu’hétérogène ?

Penser l’objet signifie également penser l’espace : le livre d’artiste, car c’est de lui dont il est question, interroge cet espace dans une acception à trois dimensions : l’imaginaire (espace de créativité), l’atelier (espace de création, éditeur, imprimeur), le lieu d’accueil matériel ou virtuel (bibliothèque, musée, espace public, catalogue en ligne).

En collaboration avec les équipes de la Bibliothèque des sciences humaines-Simone Veil et des Archives, Patrimoine et Réserve précieuse, c’est à toutes ces questions aussi larges qu’ambitieuses et aux enjeux multiples que Valentine Comte-Offenbach souhaite répondre dans le cadre de son mémoire en Histoire de l’art, qu’elle défendra à l’été 2026.

Cette monstration met en valeur la diversité et la richesse d’une fraction méconnue des collections des bibliothèques universitaires : les livres d’artistes. Il s’agit de créations contemporaines laissant place à l’imagination, à la sensibilité et à l’expérience de chaque artiste dans le travail sur la forme même du livre, indissociable du contenu. Ces livres, édités à un certain nombre d’exemplaires, sont généralement pensés, conçus et fabriqués par les artistes.  

Œuvre parfois collective, le livre d’artiste sert volontiers d’outil de transmission de pratiques artistiques. C’est le cas de livres réalisés dans un cadre pédagogique à plusieurs mains sous la direction d’enseignant·e·s comme Kikie Crêvecœur ; ce médium didactique les inspire également dans leurs propres travaux à l’instar de Jacques Lennep. 

L’approche multidirectionnelle du livre d’artiste autorise un choix large de techniques de pliage, de reliure ou d’impression. Ces créations peuvent être accompagnées d’objets ou explorer des formats moins communs comme le livre-accordéon (leporello) ou l’affiche. À titre d’exemples, Bloca été conçu de manière qu’à chaque consultation, les feuillets soient détachés imitant la fonctionnalité du bloc-notes, pendant que Celador, constitué d’un sachet de bonbons, interroge les limites de la définition d’un livre.  

L’art se livre ainsi dans toutes ses matières pour nous offrir une lecture et un mode de lecture pluriels en fonction de nos sensibilités. Certains diront qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, quand nous dirons qu’on ne lit pas qu’avec les yeux.

Intimement liés voire dépendant des techniques de reproduction, le livre d’artiste implique une forte connexion entre artistes et maisons d’éditions. La sélection présentée fait la part belle à plusieurs éditeurs belges, pour certains spécialisés dans le livre d’artiste : La Lettre Volée, Small Noise ou Lustre. L’autoédition est aussi une pratique fréquente, qui permet à l’artiste de s’impliquer dans toutes les étapes de la création (Le Remorqueur ou Bartleby & Co). 

Si l’objectif de produire un livre d’artiste peut sembler relever d’une initiative isolée, unilatérale ou solitaire dans les choix que pose ou qu’impose l’artiste, s’y intéresser sous un angle pédagogique, culturel ou dans une démarche scientifique permet de se rendre compte qu’il n’en est rien. Tout est affaire de lien. Le regard et les questionnements du public, lambda ou averti, est indispensable pour appréhender concrètement ces objets qui ne vivent qu’en étant regardés, manipulés, questionnés.

Grâce à cet intérêt qui sert de véritable levier, les institutions ou les espaces accueillant ces livres d’artiste sont en mesure de les considérer pour les traiter de façon ad hoc et constituer une collection singulière en vue d’en faire bénéficier le public, de susciter de nouveaux projets, jusqu’à envisager de nouveaux partenariats entre les différents secteurs culturel, artistique, de l’enseignement et de la recherche.