1. Bibliothèques
  2. FR
  3. Trouver des documents
  4. La Digithèque
  5. Jules Bordet

La Fondation Rockefeller et la nouvelle faculté de médecine

La fin de la guerre 1914-1918 est un moment charnière pour le développement de l’Université libre de Bruxelles. Les universités belges ont été fermées pendant les hostilités. À la sortie du conflit, l’enseignement et la recherche doivent être réorganisés et de lourds investissements financiers sont nécessaires. Dans ce contexte, la Fondation Rockefeller, connue pour son mécénat dans le milieu éducatif et sanitaire, contribue à la restauration de l’éducation médicale tout particulièrement en Angleterre, en France et en Belgique. À Bruxelles, par le biais du financement de la nouvelle faculté de médecine et la reconstruction de l’hôpital Saint-Pierre, la Fondation Rockefeller accélère le passage de l’hygiénisme aux politiques de Santé publique.

Les premiers contacts ont été noués durant la guerre par Antoine Depage, professeur de chirurgie à l’ULB, alors qu’il dirigeait l’hôpital militaire de l’Océan sur le front de l’Yser. Par l’intermédiaire d’Alexis Carel (prix Nobel de médecine 1912), Depage y noue des relations scientifiques avec la Fondation, concernant le traitement des plaies de guerre. Au retour d’une campagne de levée de fonds aux États-Unis en faveur de la Croix Rouge de Belgique, son épouse, Marie Depage, décède, lors du torpillage du paquebot Lusitania par un sous-marin allemand en 1915.

L’émotion amène la Fondation Rockefeller à financer une « Fondation Marie Depage » afin de développer la recherche médicale à l’hôpital de l’Océan. En 1919, lors du Congrès Mondial de Chirurgie qu’il préside à Atlantic City, Antoine Depage reprend contact avec Wickliffe Rose et Richard Pearce, deux dirigeants de la Fondation Rockefeller et, dans la foulée, la Fondation envoie les Drs. Pearce et Rose en Belgique. Leur rapport, intitulé « Medical Education in Belgium, 1920 – 1926 », évalue tant la situation que les besoins de l’enseignement médical. Une délégation composée d’Antoine Depage, Albert Dustin, René Sand et Jules Bordet est invitée par la Fondation à séjourner aux États-Unis. Ils y dispensent des conférences et en profitent pour étudier l’organisation, le fonctionnement et les nouvelles technologies médicales. Cependant, pour la délégation de l’ULB, l’enjeu principal est de négocier le montant de la subvention et le projet d’édification d’une nouvelle faculté de médecine.

Jules Bordet L’attribution du prix Nobel à Jules Bordet pendant cette phase des discussions va grandement faciliter le succès de la mission.

Ainsi, le 30 avril 1921, Georges Vincent, président de la Fondation Rockefeller, signe une convention avec l’ULB, la Ville de Bruxelles et son Conseil des Hospices. Celle-ci assure le financement par la Fondation d’une nouvelle faculté de médecine boulevard de Waterloo, la reconstruction de l’hôpital Saint-Pierre et l’édification sur le site de cet hôpital d’une école d’infirmières annexée à l’ULB, l’École d’Infirmières Edith Cavell1-Marie Depage.

Cette collaboration avec la Fondation Rockefeller s’inscrit dans un plan global de développement de l’Université libre de Bruxelles. En effet, à la même période, les autorités de l’ULB négocient avec la Commission for Relief in Belgium Educational Foundation les contours de la construction du campus du Solbosch. Les nouveaux bâtiments du campus du Solbosch seront ainsi inaugurés en même temps que la nouvelle faculté de médecine du Boulevard de Waterloo, en juin 1930.

1 Edith Cavell est une infirmière anglaise qu’Antoine Depage avait choisi comme directrice de l’école d’infirmières qu’il avait créée à Bruxelles. Restée en zone occupée pendant la guerre, elle a été fusillée par les Allemands pour faits de résistance.